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23 novembre 2024

La voix de l'Autorité

Leonard Cohen (autoportrait)

We are moving into a period of bewilderment,

a curious moment in which people find light

in the midst of despair,

and vertigo at the summit of their hopes.

It is a religious moment also,

and here is the danger.

People will want to obey the voice of Authority,

and many strange constructs of just what Authority is

will arise in every mind…

The public yearning for Order

will invite many stubborn

uncompromising persons to impose it.

The sadness of the zoo will fall upon society.

~ Leonard Cohen

Book of Longing (First published April 25, 2006)  

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Nous entrons dans une période d'égarement,

un moment curieux où les gens trouvent la lumière

au milieu du désespoir,

et le vertige au sommet de leurs espoirs.

C'est aussi un moment religieux,

et c'est là que réside le danger.

Les gens voudront obéir à la voix de l'Autorité,

et de nombreuses constructions étranges de ce qu'est l'Autorité

surgiront dans tous les esprits...

L'aspiration du public à l'ordre

invitera de nombreuses personnes

obstinées et intransigeantes à l'imposer.

La tristesse du zoo s'abattra sur la société.

(Traduction DeepL.com) 

Version française : Le livre du Désir (Le cherche midi 02/04/2008)   

Je me souviens que Cohen avait dit : «Je veux mourir si Donald Trump est élu président.» Son vœu a été exaucé : il est décédé le 7 novembre 2016.

Parlant d'Autorité… 

Pierre Poilievre semble avoir un profil psychologique de dictateur… il aurait même déjà sa propre Stasi (1) ! Voulons-nous d'un homme bourré de principes rétrogrades, de slogans et de clichés, et qui ne dit jamais ce qu'il fera s'il est au pouvoir? Un homme qui nie ses affinités avec les complotistes, les libertariens, anti-choix, homophobes, etc.? No answers only more questions – but get me into office.

«Tout est surveillé» : la poigne de fer de Pierre Poilievre sur son caucus

Par Christian Noël

Pierre Poilievre mène son caucus d’une poigne de fer. Celui qui promet de faire du Canada «le pays le plus libre du monde» garde un contrôle serré sur les faits et gestes de ses députés. Incursion dans les coulisses d’un chef discipliné.

Des conservateurs normalement loquaces qui se referment comme des huîtres et n’osent prendre la parole sans l’aval de leur chef. Des députés surveillés par des employés conservateurs à l’intérieur et à l’extérieur du parlement. Des élus rappelés à l’ordre publiquement pour s’être écartés de la ligne de parti.

Les paroles et les actions des députés conservateurs sont scrutées à la loupe par le bureau du chef. La partisannerie est encouragée. Fraterniser avec les élus des autres partis est à proscrire.

Source : https://ici.radio-canada.ca/info/long-format/2121096/federal-poilievre-discipline-dynamique-caucus-harper

(1) Le ministère de la Sécurité d’État (en allemand Ministerium für Staatssicherheit, MfS), appelé Stasi, était le service de police politique, de renseignement, d'espionnage et de contre-espionnage de la République démocratique allemande (RDA). La Stasi fut créée le 8 février 1950. Sous tutelle du gouvernement de la RDA, elle était désignée comme «le bouclier et le glaive du parti» («Schild und Schwert der Partei») par la propagande du régime. En 1989, au moment de sa dissolution, elle comptait environ 91 000 agents officiels et 175 000 informateurs officieux. En tant que police politique, la Stasi avait pour principal objectif de traquer les opposants au régime instauré à la suite de l’occupation des Länder de l’Est par l’Armée rouge. Elle comptait 17 prisons préventives. Ce service de renseignement était pour l'époque l'un des plus actifs à travers le monde. Au niveau national, les missions comprenaient le contrôle des organisations de masse et le démantèlement et la scission ciblés de cercles d'opposition potentiels, tels que les intellectuels, les dissidents, ainsi que l'église et ses groupes de jeunes. Elle comprenait également une surveillance étendue des citoyens de la RDA et, dans certains cas, de leurs proches hors de la RDA, au mépris de leurs droits civils. Cela se faisait, entre autres, en espionnant, en censurant la presse et les films et en supprimant la liberté d'expression. Après l'effondrement de la RDA et la dissolution des services d'espionnage en 1989, on a découvert que les archives de la Stasi contenaient le fichage de plusieurs millions de personnes, en premier lieu des citoyens de la République démocratique allemande, mais aussi de la République fédérale d'Allemagne et d'autres États étrangers. Ces archives ont été confiées à un organisme spécifique. (Wikipédia)

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«La conciliation entre les convictions personnelles, morales ou religieuses et la politique est aussi vieille que le monde. Mais, depuis un demi-siècle au moins, un principe s’est imposé : les politiciens ne doivent pas gouverner en fonction de leurs croyances morales ou religieuses, si sincères peuvent-elles être, mais en fonction de l’intérêt de tous les citoyens.» ~ Michel C. Auger, journaliste, ICI Radio-Canada

Les politiciens semblent avoir d'énormes difficultés à appliquer ce principe.

14 août 2023

Ta vie t'appartient

Cette affirmation peut être vraie si tu ne vis pas dans un État chrétien ou musulman fondamentaliste (1). 

Si Dieu donne la vie, pourquoi s’attendrait-Il à être repayé? Ta vie t’appartient.        

Ceux qui parlent toujours au nom de Dieu font leur large part pour faire damner le monde.

Sans cesse, on crée Dieu à notre image et ressemblance.

Quand je doute, j’affirme. Quand je sais, je questionne. (Plus notre incertitude est grande plus nous mettons d’énergie à justifier nos positions.) 

~ Denis Gagné, psychologue (L'air de rien)

Photo : Tourisme Montréal.

(1) Notez comme le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, n'y va pas avec le dos de la cuillère!  

À titre d'exemples voici quelques extraits tirés d'un article intitulé  

Droits LGBTQ+ dans le monde arabe : «Ça n’allait pas très bien, mais là, ça régresse» 

• Alors que les festivités de la Fierté tirent à leur fin à Montréal, plusieurs organismes déplorent le recul des droits des personnes LGBTQ+ dans plusieurs pays du Moyen-Orient et l'augmentation de la répression à leur endroit.

• Au Liban, pays traditionnellement plus tolérant que d'autres États arabes de la région, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait affirmé en juillet que, selon la loi islamique, tout homosexuel «devrait être tué», appelant la population à boycotter tous les produits arc-en-ciel.

• La semaine dernière, en Irak, les autorités ont ordonné aux médias de ne plus utiliser le mot «homosexualité» et de privilégier l'expression «déviance sexuelle». Le terme «genre» est également interdit.

• Samya Lemrini, avocate en droits de l'immigration, note au passage que le recul des droits LGBTQ+ est aussi perceptible dans certains pays occidentaux, telle l'Italie qui a entrepris dernièrement de faire retirer les noms de dizaines de mères lesbiennes des certificats de naissance de leur enfant (Nouvelle fenêtre), une régression constante est observée dans les pays du Moyen-Orient en raison du poids de la religion sur les mentalités. «Bien qu'on ne veuille pas nécessairement associer certains pays à une religion, il est certain que la montée de l'islamisme, par exemple, va avoir un impact sur les droits LGBTQ+», souligne-t-elle.

• Le cofondateur de Helem (association pour la protection des droits LGBTQ+ créée en 2004 qui a pour origine l'organisme Helem fondé au Liban en 2000), Ralph Shayne, tient toutefois à préciser que ce n'est pas seulement l'islamisme qui nuit aux droits LGBTQ+ dans les pays arabes puisque le catholicisme y contribue également, notamment au Liban. «Les LGBTQ+ sont utilisés comme boucs émissaires, alors qu'il y a des problèmes bien plus graves que cela [dans ces pays]. Le seul discours qui unit les radicaux de tous bords est l’homophobie. Le radicalisme homophobe religieux au Liban et ailleurs dans le monde arabe [provient] aussi bien des chrétiens que des musulmans.» ~ Ralph Shayne, cofondateur de Helem

• Il dénonce au passage le discours haineux de l’Église maronite libanaise qui a cautionné une campagne anti-LGBTQ+ dernièrement dans le but de faire respecter les valeurs religieuses et invitait les citoyens à ne pas succomber au discours des droits de la personne.

• Ce n'est pas qu'au Moyen-Orient que les droits des LGBTQ+ font l'objet d'une répression de plus en plus ouverte. Des pays comme la Russie exercent aussi une lourde répression, ainsi que l'Ouganda. Ce pays d'Afrique a adopté en mai dernier sa «loi antihomosexualité 2023», considérée comme l'une des plus répressives du monde, qui a même mené à la suspension du financement de la Banque mondiale (BM).

• «Le Canada fait partie des pays où la criminalisation [de l'homosexualité] est terminée, mais aussi où des protections législatives sont fortes contre les thérapies de conversion [et] les crimes haineux, et [où on reconnaît les] couples de même sexe et l'accès à des processus pour créer des familles», énumère Samya Lemrini.

Par David Beauchamp / Radio-Canada Société / 14 août 2023

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2002841/lgtbq-droits-recul-arabe 

8 août 2023

Quid de la haine sur les réseaux sociaux?

Nous sommes nombreux à nous ennuyer de notre éveilleur de conscience Serge Bouchard (1). Je me demande souvent ce qu'il dirait des multiples situations choquantes, locales ou internationales, dont nous sommes témoins en ce moment.

Le texte suivant est tiré de l'ouvrage posthume "La prière de l'épinette noire", une sélection de ses éditoriaux rédigés au fil des ans pour l'émission C'est fou..., sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première de 2010 à 2021.

Il faudra un jour éradiquer la haine

Sur le fil de mon Facebook, oui, sur le fil de mon Facebook, j'entendais un petit auditeur excité dire la phrase suivante à la tribune téléphonique d'une radio de Québec : «Tous ceux qui traînent dans la rue en après-midi, à manifester ou à ne rien faire, on devrait les tirer!» Évidemment, ce grand penseur vous dira qu'il ne voulait pas vraiment dire cela, qu'il ne s'agit que d'une manière de parler. Mais elle est quand même étonnante, cette façon de s'exprimer, elle blesse des oreilles aussi vieilles que les miennes, elle traverse ma couenne de dur à cuire. Rien ne me choque plus que la philosophie d'un mononeuronne. Cela ressemble à : «Les maudits Indiens, y nous coûtent une fortune!» «Les maudites féministes, on devrait toutes les enfermer!» ou pire encore, que je ne dis pas. Où l'on voit combien le propos haineux est hystérique et dangereux. Il conduit à la folie collective. Car on est toujours justifié de s'en prendre à celui ou celle à que l'on hait, pour toutes les fausses raisons du monde. Et l'histoire de l'humanité récente nous enseigne le coût de pareilles dérives.

Le serpent à «sornettes» ~ Serge Bouchard (Source de l'image Getty)

      Pour être un jour de vrais humains, il faudra éradiquer la haine, comme nous avons éradiqué la peste. Car la haine est à l'origine une maladie grave, qui plus est, une maladie très contagieuse. Il suffit de tomber sur un animateur de radio hautement infecté pour être soi-même frappé du mal. Le virus est dans les ondes. Lorsque j'entends un serpent à «sornettes» déguisé en animateur répandre son venin en prononçant des phrases haineuses et vides de sens, des phrases sans queue ni tête, gratuites et aussi méchantes qu'une face de crotale, j'entre en colère dans mon auto, je rage, je veux tuer l'irresponsable, lui casser la gueule, je veux battre cet imbécile qui empoisonne les cerveaux du monde, je voudrais lui fermer le caquet pour toujours, en un mot je le hais. Où l'on voit combien la haine est contagieuse, qu'elle se cultive et s'attise, qu'elle se provoque facilement.

      Il suffit de lire les commentaires gratuits des chialeux anonymes, dans les journaux et sur les réseaux sociaux, pour noter certaines choses. À l'université de la haine, on apprend à parler mal, à écrire avec des fautes, à respirer l'ammoniac de sa propre haleine ainsi qu'à poser un problème de façon claire. La recette est simple : «On s'entend-tu pour dire que les pelleteux de nuages sont des mange-marde, que les BS sont des maudits paresseux, que les écolos sont dans le champ?» La liste est sans fin : on s'en prend aux immigrants, aux femmes, aux gais, à la Gaspésie, aux intellectuels! Nous aurons tous compris que voilà de vraies fautes d'intelligence. Même le corbeau a une capacité supérieure d'envisager le monde. Jamais il ne diviserait la société entre ceux de gauche et ceux de droite, lui qui sait solutionner des problèmes à huit niveaux de difficulté et qui connaît la profondeur de la vie.

      Il est quelques remèdes à la maladie : apprendre la politesse, suivre des cours d'éducation fondamentale, recevoir des injections régulières favorisant le développement de la bonne volonté, de la bonne foi, de la bonté tout court ou, dans l'extrême urgence, se faire greffer un cœur. Tout cela prend du temps, mais c'est tellement important. Autrefois, on lavait la langue avec du savon, mais peut-on vraiment désinfecter un cerveau sans l'endommager plus encore!

      Lorsque les intentions sont bonnes, le reste vient à l'avenant. Je rêve d'une charte des valeurs qui sacraliserait un seul groupe de valeurs, toutes celles liées à la bonté, à la bonne foi, à la bonne éducation. Le propos haineux est immanquablement le fait d'une ignorance active colorant une petite cervelle surexcitée, une ignorance qui enflamme l'ignorance des autres, une tache sur une seule pomme qui finit par pourrir tout le panier en un rien de temps. À la source du mal, la méchanceté, la grande comme la petite, la pensée pointue qui veut piquer au vif, oui, la méchanceté, la gratuite, l'inutile. À force d'accumuler les méchancetés, on devient haineux. À force de tolérer la méchanceté, elle s'incruste dans nos vies. Et je crois que s'il est illégal de voler ou de tuer ou de faire du mal à autrui, il devrait être tout aussi illégal d'être notoirement méchant. En fait, il nous faudrait haïr la haine, comme si c'était notre dernier combat.

      Je ne suis pas un enfant de chœur, mais justement, il se trouve que j'ai un cœur. Nous sommes nombreux dans mon cas qui préférons une société de compassion et de bonnes intentions à une société d'affrontements simplistes, de disqualifications violentes et de polarisations scandaleuses.

      Nous nous interrogeons beaucoup pour savoir s'il existe une intelligence extraterrestre, mais la question est plutôt de savoir s'il s'en trouve une sur notre propre terre.

(1) Serge Bouchard (1947-2021) s'est fait connaître comme homme de radio et, en littérature, comme un chroniqueur et un essayiste de premier plan, dont l'œuvre est marquée à la fois par l'originalité de la pensée et par la qualité de l'écriture. Au cours des dix dernières années, il nous a donné une suite de recueils qui lui ont valu l'attachement d'un vaste public et d'importantes distinctions, dont le prix Gérard-Morisset du gouvernement du Québec et le Prix littéraire du Gouverneur général. Ce livre posthume de Serge Bouchard fait suite à L'Allume-cigarette de la Chrysler noire (2019) et à Un café avec Marie (2021).

La prière de l'épinette noire

Les Éditions du Boréal / Collection papiers collés / 2023   

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La compilation a été préparée et préfacée par le fidèle coanimateur de Serge Bouchard, Jean-Philippe Pleau, à qui on peut dire un gros merci… 

Suggestion : plusieurs archives sur le site Ohdio (ICI Radio-Canada)

Liste :

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/rechercher/resultats?pageNumber=1&query=Serge%20Bouchard

• Lus pas Serge Bouchard (il fait bon d'entendre sa voix) :

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/livres-audio/105827/les-yeux-tristes-de-mon-camion-serge-bouchard

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/livres-audio/105710/c-etait-au-temps-des-mammouths-laineux

• Lu par Samian :

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/livres-audio/105931/le-moineau-domestique

• Lu par Pascale Monpetit :

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/livres-audio/105900/un-cafe-avec-marie

16 janvier 2023

De la laideur des réseaux sociaux et des autoroutes

En ces temps troublés où Internet est envahi par toutes sortes d'internautes malveillants et haineux, la réflexion de Serge Bouchard sur les réseaux sociaux et les influenceurs devrait nous aider à garder de la distance (Le silence de la chouette).  

«Avant les médias sociaux y'avait autant d'épais, mais on ne les voyait pas. Plus t'es cave, plus t'as de visibilité.» (Guy Nantel, humoriste)

L'influenceur ultra toxique Andrew Tate a récemment été arrêté en Roumanie, ainsi que son frère Tristan et deux citoyennes roumaines, pour des soupçons de trafic d'êtres humains, de viol, de proxénétisme, et la formation d'un groupe criminel organisé agissant en Roumanie, en Grande-Bretagne et aux États-Unis.  

      Sur son site l'homme révélait des détails sur la séquestration et les agressions présumées subies par les victimes. Elles auraient été «amenées et hébergées de force dans des immeubles, soumises à des actes de violence physique et de coercition mentale, forcées à se livrer à des actes pornographiques en vue de produire et de diffuser ce contenu via des plateformes de médias sociaux […]».

      Ce monstre avait des propos masculinistes (incel), misogynes, homophobes et racistes propres à inciter la haine. Le gourou pour hommes en détresse répandait la haine des femmes. Il publiait des pensées nauséabondes et dangereuses telles que «il faut dominer sa femme et puis tu l’attrapes, tu lui mets une gifle, tu l’étrangles et tu baises». Ses 33 bagnoles de grand luxe ne l'aideront pas à éviter la prison.

       Avec ses 3 millions de suiveurs, Tate était la terreur des parents. Ce criminel aurait dû être banni du Web à perpétuité, comme on condamne un criminel à la prison à vie.  

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Source des extraits : La prière de l'épinette noire; Serge Bouchard (1947-2021); Les Éditions du Boréal 2022

Le silence de la chouette (P. 44/46)

Chacun a sa petite idée sur la marche du monde. Lorsque ces petites idées trouvent une voie royale pour se faire entendre – je parle d'Internet –, cela donne une cacophonie de première. C'est bien cela, les réseaux sociaux. Penchés sur leur clavier, les humains deviennent comme des étourneaux qui caquettent sur un fil. Ils s'excitent les uns les autres, ils picossent sans savoir, il suffit que l'un s'envole pour que tous les autres le suivent, tournoyant dans le ciel en formant un nuage intimidant, exécutant la danse des oiseaux noirs, jusqu'à ce que l'étourneau influenceur revienne se poser sur le fil, suivi de tous les autres qui se remettent à caqueter sur un nouveau sujet. Concert de clics : cette bande malfaisante ne chante pas, elle crie. La journée passe ainsi sans que rien se règle, mais, entre le soleil du matin et le soleil du soir, il s'en est dit, des couacs et couics. Tout ce bruit n'est pas innocent, il vise à enterrer le chant du cardinal, à intimider le grand corbeau, à silencer la chouette. Mais cette dernière a déjà compris, elle se tait sur sa branche, les deux yeux grands ouverts. Elle n'en pense pas moins.

Réseau social de corneilles noires

… Claude Lévi-Strauss a fait l'objet de remarques négatives de la part de Jean-Paul Sartre agacé par cet anthropologue qui lui faisait de l'ombre au sommet du palmarès des grands penseurs français. Lévi-Strauss n'a jamais répondu à ces attaques, il n'a jamais mentionné Sartre dans ses écrits. Il l'a totalement ignoré. Autrement dit, il a refusé un dialogue mal engagé, un dialogue où l'une des parties respirait la mauvaise foi. Après tout, la gauche sartrienne a sanctionné la pensée, toute la pensée pendant une génération. Sartre fut, pendant vingt-cinq and, l'étourneau influenceur des grands boulevards de Paris. L'excité du bocal, disait Jean Genet. Imaginez la police sartrienne sur Twitter. […]

Lorsque l'humain devient vieux, il ne désire plus parler aux humains. Les dialogues de sourds ne l'intéressent plus. Les vieux préfèrent le silence, ils dialoguent avec les chats, les chiens, les perruches, ou même une mouffette de compagnie. Tout sauf un humain. Il y a plus de sens dans l'œil d'un chat tranquille que dans l'enfer criard des perroquets du Net. Je me vois dans ma chambre, dans ma chaise de lecture, terminant un ouvrage savant sur l'histoire véritable de la Louisiane, avec, tout près de ma lampe, une chouette lapone sur son perchoir, confidente tranquille, oiseau philosophe qui me rappelle la pénombre d'un vieux grenier, le souvenir d'une vieille grande, le secret d'un vieux clocher, le silence d'un sous-bois, bref, la réminiscence d'une pensée profonde… ce qui est le contraire d'une petite idée.

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L'autoroute 20 est d'une laideur agressive… Mais l'autoroute 15 est tout aussi moche que la 20 sinon plus! Entre Montréal et Val-David (Hautes Laurentides), les deux côtés de la 15 ont été entièrement déboisés. On ne voit que des parcs immobiliers et des centres commerciaux hideux. Rien d'autre. C'est en effet déprimant.

«Là où le beau propose des proportions harmonieuses, le laid propose le dérèglement jusqu’au monstrueux, là où le beau offre l’équilibre, le laid se complait dans le désordre, là où le beau invite au plaisir, le laid provoque le dégoût.» (Sauvons l'art!)

Un ministère de la Beauté (P. 171-176)

Avons-nous jamais eu une agence de la protection de nos paysages naturels? Y a-t-il quelque part un office de la promotion de la beauté du bâti humain? La route 20 entre Montréal et Québec serait plus belle si on l'appelait l'autoroute du Pays de l'aube ou encore la route des Bois-Francs, et surtout, si le ministère des Transports avait eu en 1965 un bureau de l'Esthétique générale des voies publiques qui aurait eu l'idée de planter des feuillus précieux le long des voies rapides, des chênes ou des hêtres qui auraient aujourd'hui plus de soixante ans. On aurait aussi pu construire de magnifiques haltes routières regroupant discrètement tous les services – essence, café de qualité, restaurations réfléchie –, avec des panneaux expliquant la géographie et l'histoire des lieux. […]

Le Madrid, un centre de dinosaures en plastique en bordure de la 20.

Mais non, nous n'avons rien à montrer ni rien à dire. On l'appelle seulement la 20. Le mieux que nous ayons pu inventer dans l'ordre de l'imaginaire a été de la baptiser autoroute Jean-Lesage, ce qui n'est pas pour remonter le moral d'un coup. Le seul repère culturel à s'être établi là au fil des ans, c'est le Madrid, un centre de dinosaures en plastique. Ce qui est déprimant déprime. La route 20 est la colonne vertébrale du Québec politique, artistique, consultant, créatif et tutti quanti. Tant et tant de gens font des voyages aller-retour sur la Grande Interminable, pour une réunion, pour un boulot, pour une idée, pour un rendez-vous. L'autoroute des ministres, pourrait-on dire. Mais serait-ce possible que ce désert routier, cette route aussi fréquentée qu'abandonnée, soit pour quelque chose dans la morosité politique de notre société?

Faire la route 20, aujourd'hui, c'est emprunter la grande artère des idées noires. Comment voulez-vous performer dans des réunions importantes au sortir de pareil couloir? La non-beauté engendre la morosité qui engendre la paralysie. La spirale de l'inaction est alors engagée, on s'habitue à la tristesse. On ne voit plus la brique blanche d'un duplex, la fausse pierre, les couleurs hétéroclites des façades, les entrepôts industriels, la laideur des bâtis commerciaux, on ne voit  plus le spectacle ahurissant des bannières commerciales, les traîneries, la machinerie de troisième main, ces arbres que l'on abat pour ériger un panneau commercial de publicité maison, Poitras électrique, tout cela semble normal et entendu.

S'il existait, que dirait le ministre de la Beauté au Conseil des ministres, les mercredis matin? Comment introduire l'idée que nous devrions interdire certains matériaux, réglementer encore plus l'affichage publicitaire, donner des pouvoirs aux inspecteurs de l'esthétique pour punir les délinquants? Qui Protégera les paysages naturels, qui fera la promotion d'une architecture originale, créative, intégrée aux environnements locaux et régionaux? Pauvreté n'est pas excuse; on peut être modeste et présentable. Le budget n'est pas une excuse non plus; être beau n'a pas de prix fixe. Tout s'améliore dans la beauté; la joie, la santé, la longévité. A contrario, la laideur décourage, elle a véritablement un coût social que nous n'arrêtons pas de sous-estimer.

Alors voilà : tout est une affaire de goût, mais le goût se cultive et s'entretient, et croît avec les expériences esthétiques. La beauté est dans l'œil de celui qui regarde, bien sûr, mais encore faut-il ouvrir les yeux et voir.

Quand arrêterons-nous de compter en pieds carrés, pour mieux taxer, pour mieux spéculer, pour mieux magouiller? Mais surtout commencerons-nous à construire un monde à notre mesure en lieu et place de celui-ci qui ressemble à l'après-guerre des forces du marché économique, fonctionnel et technique? Nous sommes devant un champ de ruines, nos vieilles granges s'effondrent, comme le signal d'un naufrage. Il est grand temps de remettre la beauté au programme politique d'une société à créer.

Rappelons-nous : l'état des lieux est un état d'âme.

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Si les réseaux sociaux que vous fréquentez font de vous une meilleure personne, ne vous en privez pas. S'ils font de vous une personne malveillante et potentiellement criminelle, évitez-les.

Meilleur souhait du nouvel an! (Malfada)  

19 août 2022

Bientôt le festival du Mensonge

Campagne électorale : lutte pour remporter la médaille d'or du Mensonge. (Boudabla)  


George Bernard Shaw :

• «Il ne sait rien et croit tout savoir. Cela présage indubitablement une carrière politique.»

• «L’homme raisonnable s’adapte au monde; l’homme déraisonnable s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable.»

• «L'humanité serait depuis longtemps heureuse si les hommes mettaient tout leur génie non pas à réparer leurs bêtises, mais à ne pas les commettre.»

• «Liberté implique responsabilité. Voilà pourquoi la plupart des hommes la redoutent.» 

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«Campagne électorale : Hostilités portées sur la place publique par les partis politiques, et menées avec les armes conventionnelles du mensonge, du vol, de la haine, du préjugé, du fanatisme, de la calomnie, de la bassesse et de la canaillerie. La lutte se termine ordinairement par la victoire du parti qui a su faire le plus éclatant usage de ces vertus démocratiques.» ~ Albert Brie (Le mot du silencieux)

«[...] Monsieur Neandertal, avec trente grognements signifiants, dix consonnes et trois voyelles, pourrait aujourd'hui faire une carrière politique.» ~ Boris Cyrulnik (L'Ensorcellement du monde)

«C'était une des rares choses qui l'intéressaient encore. Trahir sans être découvert. Répandre des leurres et des illusions. Ses nombreuses années d'activité politique l'avaient convaincu que la seule chose qui subsiste est le mensonge. La vérité habillée en mensonge, ou le mensonge déguisé en vérité.» ~ Henning Mankell (Le Guerrier solitaire)

«Il existe deux types de travail : le premier consiste à déplacer une certaine quantité de matière se trouvant à la surface de la terre, ou dans le sol même; le second, à dire à quelqu'un d'autre de le faire. Le premier type de travail est désagréable et mal payé; le second est agréable et très bien payé. Le second type de travail peut s'étendre de façon illimitée : il y a non seulement ceux qui donnent des ordres, mais aussi ceux qui donnent des conseils sur le genre d'ordres à donner. Normalement, deux sortes de conseils sont donnés simultanément par deux groupes organisés : c'est ce qu'on appelle la politique. Il n'est pas nécessaire pour accomplir ce type de travail de posséder des connaissances dans le domaine où l'on dispense des conseils : ce qu'il faut par contre, c'est maîtriser l'art de persuader par la parole et par l'écrit, c'est-à-dire l'art de la publicité.» ~ Bertrand Russell (Éloge de l'oisiveté)

«Politique n. : Lutte d'intérêts déguisée en débat de grands principes. Conduite d'affaires publiques pour un avantage privé.» ~ Ambrose Bierce (Le dictionnaire du Diable)

«Dans un monde global hautement interconnecté, il faut être irresponsable pour exercer le pouvoir. Un ordinateur imbécile, qui prendrait des décisions au hasard, ne commettrait pas plus d'erreurs qu'un politique averti.» ~ Thierry Crouzet (Le peuple des connecteurs)

«Promesse : Les promesses n'engagent pas ceux qui les font; mais ceux à qui on les fait. POLIT. – Le politicien démagogue fait cent promesses et n'en tient aucune. Le non-démagogue en fait dix, et n'est pas élu. Quant à l'honnête homme – qui tiendrait ses promesses – il fuit la politique.» ~ Georges Elgozy (L'esprit des mots ou l'antidictionnaire)