17 mai 2012

Dites NON

Ne faites pas les mêmes erreurs deux fois  
Dites NON à la réincarnation
Bouddhistes réformés 

… irrésistible celle-là  
***
Pas convaincu? 
Lisez Air Karma (blog connexe) – si vous avez le sens de l’humour...
:-)

***
Je publierai des petits trucs du genre et des cartes postales d'ici à ce que je lance mon nouveau blog.
À bientôt 

8 mai 2012

Mon dernier message


NOTE : Au lieu de fermer, je laisserai le blog en ligne, même si je n’écris plus (pour celles et ceux qui aimeraient y revenir de temps à autre).

Depuis quelques mois, je murie un concept de site différent de Situation planétaire, uniquement consacré à la créativité, la beauté et à ce genre de choses dont je n’ai pas suffisamment parlé (il ne sera plus question d’actualités politiques, de catastrophes environnementales, cruauté, pagailles...). Lorsqu’il sera prêt, j’en publierai l’adresse ici.

***
Ce blog fermera samedi prochain. Je suppose qu’il sera disponible encore quelque temps dans les moteurs de recherche, alors profitez-en si vous voulez copier des articles. 


Toute chose a une fin, et le moment est venu. D’abord, parce que je commence à radoter (l’essentiel a été dit par rapport à la situation planétaire et au changement de fréquence), ensuite, parce que dans les mois qui viennent, je n’aurai plus de temps à consacrer à ce site.

Sachez que j’ai eu grand plaisir à semer quelques grains de folie, d’humour et de liberté… Mais aussi de sagesse, en laissant parler des écrivains, des poètes, des philosophes et des sages qui peuvent contribuer à nous rendre meilleurs et plus tolérants.

Et bien sûr, mon plus grand vœu reste que la situation planétaire s’améliore malgré l’ampleur des défis, que les humains apprennent à se pardonner mutuellement (à commencer par les insignifiances) et à respecter davantage les animaux et la nature. Nous faisons tous des erreurs, des gaffes, mais rien ne nous empêche de les réparer.

Toutes nos relations nous offrent la possibilité d’exprimer l’amour inconditionnel. Derrière chaque rencontre se cache toujours un but qui dépasse la superficialité apparente, une occasion de dépasser notre petitesse. À chaque fois que nous choisissons d’aimer au lieu de fermer notre cœur, nous avons l’occasion de grandir en compassion et en sagesse.

Nous ne nous sommes pas rencontrés au plan physique, mais certainement au plan de la pensée et de l’émotion.

Merci de votre présence.
Je vous souhaite le meilleur des succès dans tous vos projets.

En toute amitié,
Boudabla
Mardi, le 8 mai 2012

Pour terminer en beauté






 

5 mai 2012

Est-ce mal de mentir?

Lorsque raison et humanisme ne s’opposent pas : réflexions philosophiques brillantes sur ce site (en anglais)  http://www.samharris.org/

J’ai mordu à son ebook «Lying» dont voici une traduction maison du descriptif :

Lying

Comme dans Anna Karenina, Madame Bovary et Othello, ainsi en va-t-il dans la vie. La plupart des formes de vice personnel et public sont initiées et soutenues par des mensonges. Les actes d’adultère et de trahison individuels, la fraude financière, la corruption gouvernementale – même le meurtre et le génocide – requièrent généralement une lacune morale additionnelle : la volonté de mentir.

Dans «Lying» (Mentir), le neurologiste et auteur de bestsellers Sam Harris démontre que nous pouvons radicalement simplifier notre vie et améliorer la société simplement en disant la vérité dans les situations où d'autres mentent souvent. Il se concentre sur les mensonges «vertueux» destinés à épargner les gens d’un malaise, ceux auxquels nous succombons le plus souvent. Et ce sont les seuls mensonges que les bonnes gens utilisent en s’imaginant qu’ils font bien.

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Par Sam Harris

Quand j’étudiais à Stanford, j’ai suivi un cours intitulé «L'analyste éthique»; et ce dernier a profondément changé ma vie. Offert par un professeur extraordinairement doué, Ronald A. Howard, le cours était centré sur une seule question éthique :

Est-ce mal de mentir?

Au premier abord, c’est un sujet de session universitaire qui peut sembler limité. Après tout, la plupart des gens savent déjà que mentir est mal – et aussi que certaines situations semblent valider le mensonge.

Cependant, l’une des choses les plus fascinantes de ce cours, fut la difficulté de trouver des exemples de mensonges vertueux pouvant résister à l'examen minutieux du professeur Howard. Même avec des nazis à la porte et Anne Frank au grenier, Howard semblait trouver qu’il valait mieux toujours dire la vérité et que le mensonge pouvait créer des catastrophes encore plus graves.

Je ne me rappelle pas ce que je pensais du mensonge avant de suivre «L'analyste éthique», mais ce cours a remis mon cerveau à niveau comme jamais auparavant. J’en suis sorti convaincu que le mensonge, même dans les plus petites choses, endommageait inutilement les relations personnelles et la confiance du public.

Il serait difficile d'exagérer le soulagement que j’ai ressenti en réalisant cela; non pas parce que j’avais l'habitude de mentir avant de suivre le cours de Howard – mais parce que désormais je savais que plusieurs formes de souffrance et d'embarras pouvaient facilement être évitées, simplement en disant la vérité. Et, je voyais soudainement les conséquences tout autour de moi chez ceux qui ne vivaient pas selon ce principe.

Dans ma propre vie, cette expérience demeure l'un des exemples les plus clairs du pouvoir de la réflexion philosophique. «L'analyste éthique» m’a influencé comme peu de cours universitaires ont pu le faire : il a fait de moi une meilleure personne.

J'espère qu’il aura un effet similaire sur les lecteurs de Lying, mon premier ebook.

Lying a été édité en formats électroniques.

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Critiques :

Cet essai est tout à fait brillant. (J'espérais qu'il le soit pour ne pas être obligé de mentir.) Honnêtement, je l'ai aimé du début à la fin. Lying est la lecture de l’année qui fait le plus réfléchir.
~ Ricky Gervais

Les humains ont appris à bien mentir, et sans doute avez-vous vu cette lubrification sociale à l’œuvre. Dans beaucoup de cas, on ne le perçoit pas comme un vrai mensonge; peut-être tout au plus comme un «mensonge vertueux» : omission d'un détail épineux ici et là, de faux encouragements parce que nous ne voulons pas démolir les espoirs des autres, et ainsi de suite. Dans Lying, Sam Harris démontre comment on peut bénéficier d’être brutalement – mais pragmatiquement – honnête. C'est un petit livre irrésistible de grand impact.
~ Tim Ferriss, Angel Investor, auteur de bestsellers

Dans ce bref mais lumineux ouvrage, Sam Harris applique son habituelle logique pondérée et sensée à un sujet qui nous affecte tous – la capacité humaine de mentir. Et à la fin du livre, Harris vous pousse à mener une meilleure vie, car les avantages à dire la vérité sont de loin supérieurs à raconter des mensonges – pour vous-même, les autres, et la société.
~ Neil deGrasse Tyson, astrophysicien, American Museum of Natural History


Autres ouvrages :
- Free Will
- The Moral Landscape
- The End of Faith

Articles publiés - magazines et journaux web réputés :
http://www.samharris.org/articles

Des vidéos d'argumentation, des interviews et plus encore via son site. 

***
Vous aimerez peut-être :
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2010/06/en-quete-de-verite-1.html 

4 mai 2012

Tendresse à flots



La tendresse
Mouloudji

On peut vivre sans richesse
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y’en a plus beaucoup
Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas


On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Être inconnu dans l’histoire
Et s’en trouver bien
Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien


Un enfant vous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu...
Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jours


À partager... c'est gratuit et thérapeutique! 
Peu importe la forme, le format, l'apparence, l'âge, le sexe, le règne...

***
"Être adulte c'est être tendre, être fragile comme tout le monde."
Érik Pillet
Tous fragiles, tous humains
Éditions Albin Michel

Les «pense-futé» de Geluck


Depuis 2011, «La Minute du Chat» est diffusée sur quelques chaines européennes, mais pas au Canada :
«Vous vous trouvez dans un pays dans lequel la diffusion de ce programme n’est pas autorisée.» (RTBF)

Vraiment dommage.  


***

«Parmi tous ceux qui sont morts pendant la guerre, il y avait peut-être un type qui s'il avait vécu serait devenu un savant fou qui aurait fait sauter la planète.»

«Il y a des gens qui arrivent à joindre l’inutile au désagréable.»

«La mort, c’est un peu comme la connerie. Le mort, lui, il ne sait pas qu’il est mort... ce sont les autres qui sont tristes. Le con c’est pareil...» 

«Au fond... La vie est une sorte de machine à voyager dans le temps.»

«Être loin d’ailleurs, c’est être ici.» 

«Le passé m'effraie, l'avenir me fait peur. Heureusement qu'il y a le présent.»

«Quitte à être réincarné, autant que ce soit en moi, comme ça mes vêtements pourront resservir.»

«Les tongs, ce sont les strings des pieds.»

«Les lois de l’humour sont très sévères : on ne peut pas se moquer des victimes, des noirs, des homos, des musulmans, des juifs, des handicapés... moi je dis : de qui se moque-t-on?»

«Se taire, c’est pareil dans toutes les langues.»

«Il m’arrive de me parler à moi-même pour être certain que quelqu’un m’écoute.» 

«Dans ce monde égoïste qui est le nôtre, on se demande parfois si on ne devrait pas se déguiser en miroir pour que les autres nous accordent un regard.»

~ Le Chat  

3 mai 2012

L'exaspération

L’humanité parait avoir atteint un niveau de déception qui peut mener soit à une destruction totale, soit à un changement de valeurs rapide et bénéfique. «On verra», comme disent certains politiciens.

Je pige souvent  des lames du Tarot Zen au hasard, sans attentes particulières – je sais que j’y trouverai sagesse à appliquer dans ma vie. Celle d’hier est trop d’actualité pour passer à côté – couleur, mots, thème, etc. Même si la situation n’est pas drôle, le fait de l’avoir pigée est plutôt cocasse.

«La pagaille extérieure est un reflet de ma propre pagaille intérieure...»
(Aphorisme zen)

La percée

Commentaire :
La couleur rouge dominante dans cette lame révèle au premier coup d’œil qu’il s’agit d’énergie, de puissance, de force. La lumière brillante émane du plexus solaire, c’est-à-dire du centre énergétique de la figure dont l’attitude dénote l’exubérance et la détermination.

Il arrive à chacun de nous d’atteindre un seuil où nous nous disons : «Cela suffit, il faut que les choses changent.» Dans de tels moments, il nous semble que nous devons faire quelque chose, n’importe quoi, même si par la suite notre initiative s’avère une erreur, afin de secouer les fardeaux et les restrictions qui nous emprisonnent. Si nous ne faisons rien, nous allons suffoquer, notre énergie vitale sera mutilée.

Si le moment est venu où vous avez la sensation que «cela suffit, il faut que les choses changent!», osez prendre le risque de briser les vieux scénarios, les limitations anciennes qui ont fait barrage à votre énergie. Vous serez stupéfait de constater le regain de vitalité et de force qu’une telle audace vous procurera.

La fonction d’un maitre est de transformer vos dépressions en percées. Le psychothérapeute se contente de vous retaper, de vous restaurer. Son travail ne va pas loin, il ne lui appartient pas de vous transformer. Pour cela, il vous faut une métapsychologie, la psychologie des bouddhas.

La plus grande aventure humaine est de traverser une dépression consciemment. C’est aussi le danger le plus grave, car rien ne garantit que l’effondrement se muera en envolée. Elle se produira, mais rien ne peut assurer quand. Votre chaos intérieur est très ancien, vous avez perdu le nord depuis de nombreuses vies. Votre confusion est massive, elle est presque devenue un monde en soi. C’est dire que le danger est bien réel au moment où vous plongez dans ce chaos armé de votre seule faiblesse. Pourtant, nul ne peut espérer l’intégration intérieure s’il n’affronte pas ce danger. C’est le seul moyen de devenir un individu, un être non morcelé.

La méditation zen est une méthode qui vous aidera à traverser le chaos, la nuit noire de l’âme, d’une manière équilibrée, disciplinée, vigilante.

L’aube n’est pas fort éloignée, mais avant de l’atteindre, il faut pleinement vivre les ténèbres. Et plus la lumière sera proche, plus la nuit sera noire.

Tarot Zen
Éditions du Gange

1 mai 2012

Cri ou murmure ou silence


Un jour, un sage demanda à ses disciples :
«Pourquoi les gens se crient-ils par la tête lorsqu’ils sont troublés?»

Ses disciples réfléchirent un moment, puis l’un d’entre eux répondit :
«Parce que nous perdons notre calme, voilà pourquoi nous crions.»

Le sage répliqua :
«Oui, mais pourquoi crier quand la personne est juste à côté de vous? Pourquoi est-il impossible de parler à voix douce lorsque vous êtes fâché?»

Les disciples fournirent d’autres réponses qui ne satisfirent pas le sage.

Il leur dit alors :
«Lorsque deux personnes sont fâchées l’une contre l’autre, leurs cœurs sont très éloignés. Pour couvrir la distance, elles doivent donc crier. Plus elles sont en colère, plus la distance s’accroit et plus elles doivent lever le ton pour s’entendre.»

Et, il ajouta :
«Lorsque deux êtres s’aiment, ils parlent à voix douce car leurs cœurs sont très proches. La distance qui les sépare est si courte qu’il leur suffit de murmurer. Et ce faisant, l’amour les rapprochent encore plus. À la fin, ils n’ont même plus besoin de murmurer, ils se regardent en silence. Voilà le niveau de rapprochement que connaissaient les êtres qui s’aiment.»

~ Auteur inconnu


Un pas en avant, trois en arrière

Oui, George Sand était en avant de son temps; mais, elle est aussi en avant de notre temps. Ce n’est pas rien. 

À la suite de la récente motion anti-avortement, on se demande s’il faudra recourir aux aiguilles à tricoter pour avorter en cas de viol, comme il y a 50 ans.

Je n'entends pas reprendre le flambeau de Sand, mais force nous est de constater que nous n'avons pas progressé autant qu'on voudrait le croire, comme dans n'importe quel autre domaine de justice sociale par ailleurs.

Et, rappelons-nous les paroles de ces canonisés à propos des femmes :

Ève, maudite à travers la maternité plutôt que d’en être bénie, fut identifiée à une forme inférieure de la matière qui attirait l’homme vers le bas de l’échelle spirituelle. Dans les excréments et l’urine de l’accouchement, tout ce qui est vil, bas, corruptible et matériel s’incarne dans la femme, la malédiction des menstruations la rapproche des bêtes.
~ Augustin

Si elles se fatiguent ou meurent, cela n’a pas d’importance. Laissez-les mourir en couche, c’est ce pour quoi elles existent.
~ Thomas d’Aquin 

Et pour ajouter l’affront à la blessure, des congrégations de frères Moralatus pédophiles ont osé répandre ces croyances ignobles, de génération en génération. Amen, alléluia… 

***
Changeant de sexe et manière,
Elle est Dudevant par-devant
Elle est George Sand par-derrière;
Lammenais s’y trompe souvent.

Insultée, souvent grossièrement, comme le prouve ce quatrain attribué à Mérimée (à tort il faut l’espérer), Aurore Dupin (alias George Sand, 1804-1876) paye très cher son désir d’être elle-même. Honnie des bienpensants, moquée des autres, elle paye plus cher encore de vouloir gagner sa vie; et si ce gagne-pain la conduit très vite à une gloire littéraire à laquelle elle ne prétendait pas, le scandale ternit cette gloire. On ne l’a plus évoquée ou représentée que le cigare à la bouche et dans cet uniforme masculin qui a nourri sa légende (des caricatures de son époque jusqu’aux films les plus récents).

Parce qu’elle transgresse les lois de la société du temps, parce qu’elle n’en n’accepte pas l’hypocrisie, elle est accusée de tous les péchés. Parce qu’elle réclame pour la femme l’égalité avec l’homme – tout au moins dans l’affection et le mariage – elle est punie de ce blasphème par la calomnie, à tel point qu’aujourd’hui encore, on la traite de tous les noms, en particulier, de «bonne femme». Elle a toujours tort en tout et pour tout.

L’on comprend pourquoi, de sa lointaine Belgique, Victor Hugo éprouve le besoin de la défendre des attaques dont elle est l’objet : «Je n’ai jamais plus senti le besoin d’honorer George Sand qu’à cette heure où on l’insulte». 

Par ignorance, les femmes elles-mêmes ne reconnaissent pas celle qui les a défendues. Ses prémonitions prophétiques, ses réussites sont tournées en ridicule.

En dépit du travail patient de quelques spécialistes, au centième anniversaire de sa mort, l’œuvre de George Sand est à peine défrichée et l’importance de sa place en littérature toujours méconnue. Malgré son succès en Grande-Bretagne et aux États-Unis où elle a été si souvent traduite, c’est en Russie qu’elle a trouvé la plus grande audience. Elle y a été tout de suite très aimée, on la lit encore.

Les conservateurs et les catholiques de son temps considèrent comme diable l’auteur d’Indiana parce qu’elle crie : «Sociétés, institutions, honte à vous, haine à mort». Ils lui reprochent surtout de vouloir abolir le mariage. Elle s’en est toujours défendue, disant vouloir remplacer cette institution par «un lien plus humain». Ce qui étonne, plus que la position des conservateurs de son époque, c’est celle des conservateurs d’aujourd’hui, qui voudraient restreindre son œuvre à des romans champêtres.

Son œuvre si vaste – cent quatre-vingts volumes sans compter la correspondance et les articles de presse – mérite que quelques chercheurs se consacrent à en dégager, selon le mot de Taine, «l’histoire morale et philosophique du siècle».

Les réalistes lui reprochent son utopie et les utopistes son réalisme. Son siècle obtient, parmi les revendications qu’elle met en avant : le suffrage universel, l’éducation du peuple, et surtout celle des filles. Il semble que George, la visionnaire, ait devancé et inspiré l’actualité. Son féminisme sage a fait école un siècle après, avec la libération du mariage et les droits reconnus aux femmes. Tout ce qu’elle prône : les problèmes de l’éducation permanente, la nécessité de la communicabilité de la langue employée par les écrivains, la participation des acteurs et du public à l’œuvre théâtrale, est encore à la pointe des débats intellectuels de nos jours.

Sa personnalité forte, riche, contrastée, passionnée, son extrême générosité, son amour des êtres, de la vie, aussi attachants soient-ils, ne doivent pas dissimuler qu’elle a passé quatorze heures par jour de sa longue vie à l’écriture, et que son plus grand amour est peut-être l’amour du travail.

Réduire George Sand, cet écrivain considérable, à n’être qu’un personnage, est très injuste. Ramener son histoire à quelques liaisons me parait sot.

Politique, religion et philosophie

Les contemporains de George Sand lui ont reproché ses théories religieuses, philosophiques, sociales, politiques et, avant tout, son féminisme.

Elle en veut à l’Église catholique et aux prêtres de trahir la religion idéale, comme elle en voudra au peuple violent, de ternir la vision qu’elle a du peuple idéal. En 1870, elle affirme sa foi dans la survie : «Je crois que nous vivons éternellement, que le soin que nous prenons d’élever notre âme vers le vrai et le bien nous fera acquérir des forces toujours plus pures et plus intenses pour le développement de nos existences futures».

Aussi enthousiaste et passionnée soit-elle, elle ne défend jamais ses idées en aveugle, au contraire : «Notre philosophie, à nous autres qui nous piquons d’être progressistes, devrait bien faire le progrès d’une certaine tolérance. Dans l’art, dans la politique, et, en général, dans tout ce qui n’est pas science exacte, on veut qu’il n’y ait qu’une vérité, et c’est une vérité en effet, mais dès qu’on se l’est formulée à soi-même, on s’imagine avoir trouvé la vraie formule, on se persuade qu’il n’y en a qu’une, et on prend dès lors cette formule pour la chose. Là commencent l’erreur, la lutte, l’injustice et le chaos des discussions vaines. Il n’y a qu’une vérité dans l’art, le beau; qu’une vérité dans la morale, le bien; qu’une vérité dans la politique, le juste. Mais dès que vous voulez faire de chacun le cadre d’où vous prétendez exclure tout ce qui, selon vous, n’est pas juste, bien et beau, vous arrivez à rétrécir ou à déformer tellement l’image de l’idéal que vous vous trouvez fatalement, et bien heureusement, à peu près seul de votre avis. Le cadre de la vérité est plus vaste, toujours plus vaste, qu’aucun de vous ne peut se l’imaginer. Tous ces catéchismes d’art et de politique que l’on se jette à la tête sentent l’enfance de la politique et de l’art».

Féminisme

Son féminisme qui a fait un tel bruit était pourtant raisonnable. Mais demander l’entière égalité de la femme et de l’homme dans le mariage, c’est blasphémer contre la sacrosainte autorité masculine. Dès le début de son mariage, elle comprend combien est peu favorable aux femmes la société qui, grâce au Code Napoléon, les traite en mineures, juridiquement et économiquement. Elle le constate encore après sa séparation conjugale à trente-quatre ans.

Bien que consciente du handicap de la femme, George croit à l’égalité sexuelle de l’homme et de la femme. Elle admet difficilement qu’on permette au mari des fredaines qu’on ne pardonne pas à l’épouse. Elle pense la même chose si le couple est légitime. «Si j’étais infidèle, je n’en n’aurais que des remords très proportionnés à l’importance du crime, et n’irais point au désert faire pénitence d’un péché que vous et beaucoup d’hommes respectables ont commis je ne sais combien de milliers de fois » écrira-t-elle à Michel de Bourges. Une telle prétention fait scandale à l’époque. La femme, obligée pour la plupart du temps de se marier sans amour, doit accepter que, selon la coutume, la société accorde son indulgence au mari et réserve sa sévérité à la femme.

George croit à l’amour et même à l’amour exclusif; elle juge le mariage nécessaire, ne serait-ce que pour élever les enfants. Elle trouve indispensable que le contrat de mariage soit un contrat honnête, entre deux êtres reconnus égaux, qui aient dans cette association «des droits égaux au bonheur et à l’épanouissement». Pour elle, le grand péché est de se donner sans amour et c’est ce qu’on lui impose, comme à tant d’autres. L’homme est sûr que «sa cupidité, sa débauche et sa violence seront pardonnées». C’est au mari qu’elle en veut. Si elle fustige les mauvais mariages, elle espère qu’il peut y en avoir de bons, mais reste «convaincue de l’impossibilité radicale de ce bonheur idéal de l’amour dans ces conditions d’inégalité, d’infériorité et de dépendance d’un sexe vis-à-vis de l’autre». Elle ne peut «conseiller à personne un mariage sanctionné par une loi civile qui consacre la dépendance, l’infériorité et la nullité sociale de la femme». Loin d’être une suffragette, elle veut seulement garder sa dignité de femme : «et puis le monde trouve fort naturel (…) qu’on se joue avec les femmes de ce qu’il y a de plus sacré : les femmes ne comptent, ni dans l’ordre social, ni dans l’ordre moral.»

Elle provoque la dérision et déclenche un tollé général : ne prétend-elle pas que l’honneur d’une femme vaut autant que celui de l’homme? Les mâles vertus, la droiture, le désintéressement, la discrétion, la persévérance dans le travail sont-elles interdites aux femmes? Il lui faudra payer cher cette impudence; elle subira une persécution qui ne s’arrêtera pas devant le seuil de sa vie privée. Aussi prudentes et raisonnables qu’apparaissent de nos jours ses opinions sur la condition féminine, George, tout le long de sa vie, est non seulement critiquée à leur propos mais moquée avec férocité.

Elle a une très claire notion de la nécessité du travail pour la femme et envisage, à la base d’une société juste, une égalité économique entre l’homme et la femme, mais elle remet à plus tard la réalisation de ce rêve. Si elle n’a pas beaucoup prêché le travail des femmes, dont elle a pourtant compris l’utilité et l’intérêt, c’est que les conditions générales du travail à l’époque, notamment dans les manufactures, étaient tout à fait révoltantes. Une transformation préalable de la société était nécessaire. L’affranchissement de la femme n’est réalisable qu’en rendant à la femme les droits civils que le mariage lui enlève et que le célibat seul lui conserve. Elle insiste : il faut réclamer «l’égalité civile, l’égalité dans le mariage, l’égalité dans la famille».

Ce que George veut, c’est reprendre à la base ce qu’on n’appelle pas encore la condition féminine, afin que les femmes soient des êtres à part entière. Sans bruler les étapes. Elle veut tenir compte des différences qu’elle reconnait entre l’homme et la femme sur le plan physiologique, sur le plan du cœur, sur le plan du travail. «Que la femme soit différence de l’homme, que le cœur et l’esprit aient un sexe je n’en doute pas (…) Mais cette différence, essentielle pour l’harmonie des choses, doit-elle constituer une infériorité morale?» Elle veut établir une égalité de principes avant de réclamer l’application de cette égalité, dans les détails, même les plus concrets.

La tempête soulevée par ses demandes réduites aux seuls principes démontre combien nécessaire était sa discrétion. Elle est accusée de saper, avec le mariage, les bases de la société. «Toutes les unions possibles seront intolérables, tant qu’il y aura dans la coutume une indulgence illimitée pour les erreurs d’un sexe, tandis que l’austère rigueur du passé subsistera uniquement pour réimprimer et condamner celles de l’autre.» George tient à ce que les femmes restent femmes, comme on le disait alors, comme on le dit encore.

Il faut que le mariage subsiste en raison de l’éducation des enfants, mais il est indispensable qu’il soit juste pour les deux partis, avec pour l’un et l’autre, les mêmes droits et devoirs. Le choix doit être le fait de ceux qui vont se marier et non des parents. Il faut que les partenaires soient conscients de la gravité de ce qu’ils font. Elle préconise le divorce par consentement mutuel dans le cas où l’obligation de se séparer apparaitra à chacun. Ces principes auxquels elle fait allusion dans tous ses romans suffisent pour heurter l’opinion qui crie au scandale. Mais pour le moment «on maltraite les femmes; on leur reproche l’idiotisme où on les plonge; on méprise leur ignorance; on raille leur savoir. En amour on les traite comme des courtisanes; en amitié conjugale comme des servantes ». Elle s’étonne qu’on espère les assujettir à la loi de la fidélité, «sans les aimer, en s’en servant, en les exploitant».

Par ailleurs elle combat un autre mal dont elle a souffert et qui intéresse toutes les femmes, le manque d’instruction. Le nombre des femmes qui savent signer est fort restreint; moins nombreuses sont celles qui savent lire et écrire. Jugeant par elle-même, George n’ignore pas que l’instruction donnée aux filles des classes privilégiées est insuffisante et frivole, et intentionnellement, très inférieure à celle que  reçoivent les garçons.

L’ignorance est la cause de bien des faiblesses inhérentes à la condition féminine. L’instruction lui est nécessaire aussi bien pour être l’égale de l’homme dans le mariage que pour trouver à l’extérieur un travail digne d’elle. C’est pourquoi la romancière prêche, avec passion, dans toutes ses œuvres critiques et créatrices, les droits de la femme à l’éducation et à l’instruction. Si on a pu accorder le suffrage universel aux hommes, avant même que l’école obligatoire passe vraiment dans les faits, c’est parce que la mentalité du temps leur donne une ouverture au monde sans comparaison avec celle offerte aux femmes.

Ainsi le féminisme de George Sand se réduit à demander pour l’homme et la femme l’égalité sexuelle, l’égalité des droits dans le mariage, l’égalité devant l’instruction, l’égalité des responsabilités dans la famille, ce qui sous-entend l’égalité des droits au travail. Elle ne veut plus que l’homme exploite la femme, que ce soit en tant que courtisane ou servante, la dignité de la femme lui parait là en jeu. Son féminisme est réfléchi. Elle ne met pas la charrue devant les bœufs. Elle espère éviter, aux femmes moins bien armées qu’elle, les difficultés qu’elle a eues.

Cette société si mal faite pour les opprimés – en particulier pour les femmes – elle contribuera de toutes ses forces à la changer. Elle éveillera la conscience assoupie des femmes affaiblies par leurs «mœurs d’esclaves». De sa révolte proviendra sa passion politique, mais sa passion politique s’arrêtera au seuil de la violence. La force de sa position résulte de ce qu’elle a prêché d’exemple et souffert des maux qu’elle combattait. Elle a démontré qu’une femme pouvait à la fois être amante et mère, jouer un rôle social, gagner sa vie et créer.

Extraits de :
George Sand
Francine Mallet
Grasset  

30 avril 2012

Détecter les pervers


Rares sont ceux qui n’ont jamais eu affaire à des manipulateurs dans leurs relations (travail, famille, amitié, couple). Mais, le fleuron haut-de-gamme dans le domaine reste le pervers narcissique – on ne souhaiterait même pas à son pire ennemi de côtoyer ce genre de spécimen.

Or, en écoutant les actualités la semaine dernière, j’étais stupéfaite de voir comme les caractéristiques du pervers narcissique ressemblent à celles des démocraties sur le point de glisser dans l’autarcie.

***
Si le sujet vous intéresse, lisez l’ouvrage/source référé à la fin – impressionnante limpidité et précieux conseils pour gérer ce genre de relations destructives. On tombe toujours sur le bon livre, le bon message ou la bonne personne au moment opportun; il suffit d’être alerte, d’écouter et d’agir en conséquence. 

Un aperçu

Le pervers narcissique

Toute personne en crise peut être amenée à utiliser des mécanismes pervers pour se défendre.  Nous avons tous des traits de personnalité narcissique (égocentrisme, besoin d’admiration, intolérance à la critique) sans que ce soit pour autant pathologique. Il nous est tous arrivé de manipuler autrui dans le but d’obtenir un avantage, et nous avons tous déjà éprouvé une haine destructrice passagère.

Ce qui nous distingue des individus pervers, c’est que ces comportements ou sentiments n’ont été que des réactions passagères, et ont été suivis de remords ou de regrets. La notion de perversité implique une stratégie d’utilisation puis de destruction d’autrui, sans aucune culpabilité.

Les pervers narcissiques sont considérés comme des psychotiques sans symptômes, qui trouvent leur équilibre en déchargeant sur un autre la douleur qu’ils ne ressentent pas et les contradictions internes qu’ils refusent de percevoir. Ils « ne font pas exprès » de faire mal, ils font mal parce qu’ils ne savent pas faire autrement pour exister. Ils ont eux-mêmes été blessés dans leur enfance et essaient de se maintenir en vie. Ce transfert de la douleur leur permet de se valoriser aux dépens d’autrui.

La personnalité narcissique est décrite ainsi (elle présente au moins cinq des manifestations suivantes) :
- le sujet a un sens grandiose de sa propre importance;
- est absorbé par les fantaisies de succès illimité, de pouvoir;
- pense être « spécial » et unique;
- a un besoin excessif d’être admiré;
- pense que tout lui est dû;
- exploite l’autre dans les relations interpersonnelles;
- manque d’empathie;
- envie souvent les autres;
- fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants
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Le narcissisme

Un Narcisse, si l’on se réfère au Narcisse d’Ovide, est quelqu’un dont la vie consiste à chercher son reflet dans le miroir. L’autre n’existe pas en tant qu’individu mais en tant que miroir. C’est quelqu’un qui est obligé de se construire un jeu de miroirs pour se donner l’illusion d’exister. Comme un kaléidoscope, ce jeu de miroirs a beau se répéter et se multiplier, cet individu reste construit sur du vide. N’ayant pas de substance, il se « branche » sur l’autre et, comme une sangsue, essaye d’aspirer sa vie.

Les pervers narcissiques sont insensibles, sans affect. Comment une machine à reflets pourrait-elle être sensible? De cette façon, ils ne souffrent pas. Souffrir suppose une chair, une existence. Ils n’ont pas d’histoire puisqu’ils sont absents. Seuls les êtres présents au monde peuvent avoir une histoire.

La mégalomanie

Les pervers narcissiques sont des individus mégalomanes qui se posent comme référents de la vérité, de la rectitude. On leur attribue souvent un air supérieur, distant. Même s’ils ne disent rien, l’autre se sent pris en faute. Ils présentent une absence totale d’intérêt et d’empathie pour les autres, mais ils souhaitent que les autres s’intéressent à eux. Tout leur est dû. Ils n’admettent aucune mise en cause et aucun reproche. Les pervers entrent en relation avec les autres pour les séduire; on les décrit souvent comme des personnes séduisantes et brillantes.

Dans la logique perverse, il n’existe pas de notion de respect de l’autre. Autrui n’existe pas, il n’est pas vu, pas entendu. Il est seulement « utile ». Les pervers narcissiques sont imperméables à l’autre et à sa différence, sauf s’ils ont le sentiment que cette différence peut les déranger. C’est le déni total de l’identité de l’autre, dont l’attitude et les pensées doivent être conformes à l’image qu’ils se font du monde.

La force des pervers est leur insensibilité. Ils ne connaissent aucun scrupule d’ordre moral. Ils ne souffrent pas. Ils attaquent en toute impunité car même si en retour les autres utilisent des défenses perverses, ils ont justement été choisis pour leur incapacité d’atteindre à la virtuosité qui les protègerait. Quand le pervers ressent une blessure narcissique (défaite, rejet), il éprouve un désir illimité d’obtenir une revanche; c’est une rancune inflexible à laquelle il applique toutes ses capacités de raisonnement. L’efficacité de ses attaques tient au fait que la victime ou l’observateur extérieur n’imagine pas qu’on puisse être à ce point dépourvu de sollicitude ou de compassion envers autrui.

L’irresponsabilité

Les pervers se considèrent comme irresponsables parce qu’ils n’ont pas de subjectivité véritable. Absents à eux-mêmes, ils le sont tout autant aux autres. S’ils ne sont jamais là où on les attend, s’ils ne sont jamais pris, c’est tout simplement qu’ils ne sont pas là. Au fond, quand ils accusent les autres d’être responsables de ce qui leur arrive, ils n’accusent pas, ils constatent : puisque eux-mêmes ne peuvent pas être responsables, il faut bien que ce soit l’autre. Jamais responsables, jamais coupables : tout ce qui va mal est toujours de la faute des autres.

Ils se défendent par des mécanismes de projection en portant au crédit d’autrui toutes leurs difficultés et leurs échecs. Ils se défendent aussi en déniant la réalité. Ce déni est constant, même dans les petites choses quotidiennes, et même si la réalité prouve le contraire. La souffrance est exclue, le doute de soi également. Ils doivent donc être portés par les autres. Agresser les autres est le moyen d’éviter la douleur, la peine, la dépression.

La paranoïa

Les pervers narcissiques tendent à se présenter comme des moralisateurs : ils donnent des leçons de probité aux autres. En cela ils sont proches des personnalités paranoïaques.

La personnalité du paranoïaque se caractérise par :
- l’hypertrophie du moi : orgueil, sentiment de supériorité;
- la psychorigidité : obstination, intolérance, rationalité froide, difficulté à montrer des émotions positives, mépris d’autrui, sarcasme;
- la méfiance : crainte exagérée de l’agressivité d’autrui, sentiment d’être victime de la malveillance de l’autre, suspicion, jalousie;
- fausseté de jugement : elle interprète des évènements neutres comme étant dirigés contre elle.

Cependant, à la différence du paranoïaque, le pervers, s’il connait bien les lois et les règles de la vie en société, se joue de ces règles pour mieux les contourner. Le propre du pervers est de défier les lois. Son but est de dérouter l’interlocuteur en lui montrant que son système de valeurs ne fonctionne pas, et ainsi de l’amener à une éthique perverse.

La prise de pouvoir des paranoïaques se fait par la force tandis que celle du pervers se fait par la séduction – mais quand la séduction ne marche plus, il peut recourir à la force. La phase de violence est en elle-même un processus de décompensation paranoïaque : l’autre doit être détruit parce qu’il est dangereux. Il faut attaquer avant d’être soi-même attaqué.

Il s’agit là d’une défense contre la désintégration psychique. En attaquant l’autre, le pervers cherche avant tout à se protéger. Là où pourrait apparaitre de la culpabilité nait une angoisse psychotique insupportable qui est projetée sur le bouc émissaire avec violence. Celui-ci est le réceptacle de tout ce que son agresseur ne peut pas supporter. Ce mécanisme lui assure une relative stabilité.

Parce qu’ils se sentent impuissants, les pervers craignent la toute-puissance qu’ils imaginent chez les autres. Dans un registre quasi délirant, ils se méfient d’eux, leur prêtent une malveillance qui n’est que la projection de leur propre malveillance. La haine projetée sur une cible devenue proie suffit à apaiser les tensions intérieures, ce qui permet au pervers de se montrer d’une compagnie agréable par ailleurs. D’où la surprise ou même le déni des personnes qui apprennent les agissements pervers d’un proche qui n’avait jusqu’alors montré que sa face positive. Dés lors, les témoignages des victimes ne paraissent pas crédibles.

La victime objet

La victime est victime parce qu’elle a été « désignée » par le pervers. Elle devient le bouc émissaire responsable de tout le mal. Elle sera désormais la cible de la violence, évitant à son agresseur la remise en question. Elle va payer pour les crimes « qu’il » a commis. Même les témoins de l’agression la soupçonnent. On imagine qu’elle consent tacitement ou qu’elle est complice, consciemment ou non, de son agression. Il est commun d’entendre dire que si une personne est devenue victime, c’est qu’elle y était prédisposée par sa faiblesse ou ses manques. Nous voyons au contraire, que les victimes sont habituellement « choisies » parce qu’elles ont un plus que l’agresseur cherche à s’approprier.

Pourquoi a-t-elle été choisie?

Parce qu’elle était là. Elle n’a rien de spécifique pour l’agresseur. C’est un objet interchangeable qui était là au mauvais/bon moment et qui a eu le tort de se laisser séduire – et parfois celui d’être trop lucide. Elle n’a d’intérêt pour le pervers que lorsqu’elle est utilisable. Elle devient un objet de haine dès qu’elle se dérobe ou qu’elle n’a plus rien à donner.

N’étant qu’un objet, peu importe qui elle est. Néanmoins, l’agresseur évite quiconque pourrait le mettre en péril. Quand pervers et paranoïaques s’associent, cela ne fait que décupler l’effet destructeur sur les victimes désignées. C’est ce que l’on voit plus particulièrement dans les groupes et dans les entreprises. Il est plus amusant de mépriser ou de se moquer de quelqu’un devant un spectateur encourageant! Il n’est pas rare que les pervers recueillent une approbation tacite de témoins qu’ils ont d’abord déstabilisés, puis plus ou moins convaincus.

Le propre d’une attaque perverse, c’est de viser les aspects vulnérables de l’autre, là où il existe une faiblesse. Chaque individu présente un point faible qui deviendra pour le pervers un point d’accrochage. Les pervers ont une intuition très grande de ces points de fragilité. Les pervers cherchent chez l’autre le point faible qu’il suffit ensuite d’activer par une communication déstabilisante.

Le discours des pervers narcissiques est un discours totalitaire qui nie l’autre dans sa subjectivité. On peut se demander pourquoi les victimes intériorisent ce discours alors que la réalité peut démentir ce discours. Or si on se sert d’elles, ce n’est pas pour autant le jeu qu’elles souhaitent jouer.

Dans la relation avec le pervers, il y a domination de l’un sur l’autre et impossibilité pour la victime, de réagir et d’arrêter le combat. C’est en cela qu’il s’agit réellement d’une agression. La mise en place préalable de l’emprise a retiré le pouvoir de dire non. Il n’y a pas de négociation possible, tout est imposé. La victime est entrainée dans cette situation perverse à son corps défendant. Elle s’est retrouvée engluée dans une situation sans avoir les moyens d’y échapper. Le tort essentiel de la victime est de n’avoir pas été méfiante, de n’avoir pas pris en considération les messages violents non verbaux. Elle n’a pas su traduire les messages, elle a pris ce qui a été dit au pied de la lettre.

La faille à laquelle s’attaquent les pervers se situe le plus souvent dans le registre de la dévalorisation et de la culpabilité. Un procédé évident pour déstabiliser l’autre est de l’amener à se culpabiliser. Ce fonctionnement totalisant est le même chez l’agresseur et chez l’agressé. Dans les deux cas, il existe une exacerbation des fonctions critiques, envers l’extérieur pour les pervers, envers soi-même pour les victimes. Lors d’une agression, il suffit aux pervers de nier pour que les victimes doutent. Même si elles ont parfois un sentiment d’injustice, leur confusion est telle qu’elles n’ont aucun moyen de réagir. En effet, face à un pervers narcissique, il est impossible d’avoir le dernier mot : la seule issue est de se soumettre.

Accepter cette soumission ne se fait qu’au prix d’une tension intérieure importante, permettant de ne pas réagir et de calmer l’autre quand il est énervé. Cette tension est génératrice de stress. Lorsque ces pressions se poursuivent sur de longues périodes, la résistance s’épuise, on ne peut plus éviter l’émergence d’une anxiété chronique. Cet état de stress chronique peut se traduire par un état d’appréhension et d’anticipation difficile à maitriser, un état de tension permanente et d’hypervigilance.

Lors d’une agression perverse, l’agresseur fait en sorte de paraitre tout-puissant, donnant à voir rigueur morale et sagesse. On sait que l’agressivité impulsive, tout comme l’agressivité prédatrice, peut mener au crime violent. Les pervers, pour prouver que leur victime est mauvaise, sont prêts à susciter chez elle de la violence à leur égard.

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Extrait/adaptation de
Le harcèlement moral; la violence perverse au quotidien  
Marie-France Hirigoyen, médecin, psychanalyste, psychothérapeute familiale